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Cartons d’hiver

Hier, me promenant en ville, j’ai rencontré un vieil homme. Cheveux ébouriffés, visage raviné et vêtements dépareillés. Il était assis, seul, à même le sol, dans l’une des rues piétonnes. Pour lui, les fêtes de fin d’année, n’étaient qu’une longue mélancolie d’hiver car son bonheur d’antan dormait dans divers cartons. Il regardait passer les passants pressés et prestes. Danser les sachets chamarrés et les offrandes enrubannées sous les lampions des rues pavées. Les yeux larmoyants, il se revoyait costumé, courant lui aussi les magasins achalandés. Poser chez lui au pied d’un sapin illuminé ce que son cœur pouvait donner. Les jolies tables dressées. Les festins. Les régalades de rigolades. Le champagne…Oui il se souvenait de tout ça…

Lui aussi, il y a bien longtemps, avait vécu ces partages d’amour au sein d’une famille unie. Aujourd’hui, en ces fêtes familiales où chacun cherche à se rapprocher de l’autre, il est là, seul et sans le sou. Pourtant, près de lui, il garde une richesse, un trésor, une reconnaissance de vie, une identité. Les photos jaunies de ses enfants  enjoués, celles de son épouse aimée et de ses amis tous envolés. Plus de nouvelles depuis son divorce qui l’a plongé dans la dépression et dans la perte de son travail. L’obligation de se séparer de sa maison. Sombre descente aux enfers avec son addiction à l’alcool. Seul, il reste seul et doit se battre seul. Grandeur et décadence. Alors il promène de rue en rue ses souvenirs cachés dans quelques cartons. Il trimballe ainsi une part de son passé pour ne pas oublier ce qu’il était avant. Il s’accroche à la vie dans l’espoir de retrouver un jour ses amours évanouies. Il espère ouvrir une dernière fois avec elles ses cartons de souvenirs. Pardonner. Pouvoir pardonner avant de partir apaisé sur l’autre rive dans la lumière d’une grandeur retrouvée…

Mélancolie d’hiver

Mélancolie de fin d’année
Tout seul je mets en colis l’an
Loin des enfants et dulcinée
Partis un jour au soir tombant.

Tant de cadeaux et de sourires
Dans le grenier des joies d’antan
Ont perdu vie et je soupire
A la Noël, au Nouvel An.

Les souvenirs dans mes cartons
se réveillent en fin d’année
Sur un terrain sans cotillons
Tout près d’un feu sans cheminée.

Les chiens errants, amis fidèles
Viennent laper au froid d’un soir
Un peu d’amour aux étincelles
D’un feu de joie brûlant d’espoir.

Et si la neige au blanc manteau
Me fait glisser vers l’autre rive
Je partirai sur mon traîneau
Avec cartons pour mieux y vivre.

Jean-François Grégoire



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