Partagez

J’avais trois ans lorsque mon père a découvert l’Amérique, surgi du bout du monde, Éros et Arès à la fois, dans un tonnerre roulant, escorté d’éclairs étincelants. La prophétie de ma mère était juste, un homme arriverait avec tambours et trompettes.
Il apportait avec lui tout l’exotisme de l’Orient : sonatine pépiant à l’oreille les secrets encagés dans les photographies d’un album de voyage; langues de feu incendiant une lingerie de soie moirée; service de thé composé d’un plateau, lac au vernis noir miroitant où affleuraient des feuilles de nénuphar vertes , soucoupes sur lesquelles s’épanouissaient des corolles blanches et jaune, tasses si délicates que je n’osais à peine y poser mes lèvres hésitantes.
Mon Amérique à moi, c’était une maison tout en haut de la côte St-Ambroise puis une ruelle dévalant un coteau jusqu’à un champ limité par une voie ferrée et la rivière Saint-Charles, moutonneuse au printemps, parsemée de pierres à fleur d’eau offrant un passage aux téméraires vers le Village Huron, l’été. C’était aussi, l’hiver, l’aventure sur la neige, ballerine sous le vent qui la faisait tourbillonner en soulevant sa robe de mousseline puis mourir en s’affaissant et renaître en un souffle pour un nouveau pas de danse. Et le froid, ce matou jaloux, qui mord l’oreille…

Robert – Mon Amérique
image: goguide.ca



Veuillez noter :

Envoi...
Total :
4.5 sur 10 votes