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MON PETIT VILLAGE

Quand je ferme les yeux,
Je revois les visages
Des habitants joyeux
De ce petit village.

Deux grands-mères sur un banc
Aux lèvres molles et flétries,
Se parlant du beau temps,
Ou plutôt de la pluie.

Des enfants recouverts
De taches de confitures,
Profanant le cimetière
Trop mince pour leurs chaussures.

Un vieil homme accoudé
Au comptoir d’un bistrot,
Adorant radoter
Et boire un verre de trop.

Des bigotes en blouse grise,
Rassemblées à l’entour
D’une très grande église
Pour un si petit bourg.

Alors, j’ouvre les yeux,
Et les images sublimes
Du monde merveilleux
De ce village s’animent.

Soudain, les cloches résonnent,
Les villageois se rangent
Et chantent pour la madone
Sous le regard des anges.

Les voix que l’orgue acclame
S’élèvent vers le ciel,
Pendant qu’une vieille dame
S’épanche sur son missel.

Ni mannequin, ni chanteuse,
C’est là, chez le boucher,
Que vit sage et heureuse,
En toute humilité,

La belle, tant convoitée,
Que l’on célèbre partout,
La chère et bien nommée,
« Saucisse de chez Fantou ».

Besoin d’un pantalon,
De crayons, de galettes,
De bonbons, de boulons,
De fleurs ou d’allumettes ?

C’est ici, pas en Chine,
Que ces trésors s’entassent.
C’est ici, chez Jocelyne,
Que chaque chose à sa place.

Et tout près du village,
À l’orée du sous-bois,
Un paisible ermitage,
S’imprègne de nos voix.

Bien souvent le feuillage,
Écoute les secrets
Que les enfants partagent
En fuguant leurs aînés.

Et puis, un peu plus loin,
Aux lisières d’un chemin,
Serpente soir et matin,
Sous nos pas incertains,

Une pente escarpée,
Fière et démesurée,
D’où les ombres hérissées
Accourent vers le sommet.

Pendant que mon grand-père,
Devant le ciel sans fin,
Me parle de sa terre
Tout en serrant ma main.

La Bretagne tend ses ailes
Aux formes de la nature,
Que ses traits nous révèlent
Entre mer et verdure.

Tandis que le pays
Du glorieux conquérant
Étale sa poésie
Au-delà de ses champs,

Le décor magistral,
Réunit par miracle,
Les deux régions rivales
Dans un unique spectacle.

Très cher petit village,
Depuis mon plus jeune âge
Je veux te rendre hommage
En te dédiant ces pages.

Tu es le monument,
Cristallisant l’enfant,
Que fuit éternellement
La caravelle du temps.

Tu es comme la douceur
Du rempart de mes nuits,
Abritant de tes fleurs,
Les portes de la vie.



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