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Blanche, noire, blanche, noire, blanche…

Voici la gamme du temps qui court, les demi-tons de l’automne.
Voici la mélodie faite en dépit de tout par des doigts hésitants,
des doigts d’enfant, fragiles et innocents,
écorchés déjà par les croches d’un doute pointé.

Blanche, noire, blanche, noire, blanche, noire, blanche…

C’est une poignée de notes qu’on prend dans le creux de la main,
et qui coulent et s’écoulent, qui fuient entre les doigts,
se moquent du métronome qui meurt à petit feu.

Blanche, noire, blanche, noire, blanche…

C’est cette vieille photographie emprisonnée dans un cadre de marbre,
posée sur le piano, oubliée du regard, bénie par la poussière, grâce de nos amours,
avec toute cette joliesse propre à nos souvenirs.

Blanche, noire, blanche, noire, blanche, noire, blanche…

C’est le silence qu’on exécute, coupable à portée de main.
C’est l’imperceptible instant, la mesure d’une éternité jouée pour s’abandonner,
pour tuer le temps avant de le perdre et se perdre avec lui.

Blanche, noire, blanche, noire, blanche…

On laisse aller la main de gauche à droite, à la dérive d’une rêverie,
puis revenir, en désaccord, comme un refus, contre-point du désir fou de tout recommencer.

Blanche, noire, blanche, noire, blanche, noire, blanche…

Regarde cet écho ridé, ce reflet dégrisé, ce fantôme qui pleure faux et qui rate son rire.
Attrape cette rumeur, un espoir, nos mensonges, ton soupir,
la fugue qui promet «peut-être», et qui tient «jamais».

Blanche, noire, blanche, noire, blanche…

Ce sont les vagues incertaines d’une ronde écriture,
le flot de l’encre contre le papier,
une rature, la tache d’un regret,
ces crachats dissonants qu’on accroche au fil des vers dérimés d’un improbable poème.

Blanche, noire, blanche, noire, blanche, noire, blanche…



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