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Nuit en courtepointe à Pointe …

J’ai en tête un roulement répétitif qui peuple mon silence comme les aiguilles d’une montre laissée volontairement sur la table de chevet pour m’empêcher de dormir…

Un somnambule sillonne la rue Saint-Jean Baptiste se balançant les bras en aiguille s’imaginant sur un fil de soie fragile comme la glace au printemps un pas, un entrechat une danse pour m’engourdir…

Le ciel tamise une à une les étoiles, je fais des cercles dans ma cour bien assis sur le siège banane de ma vielle Mustang rouge les bras tendus bien haut vers l’avenir….

J’ai en tête un vieux projecteur en marche ralenti, sur la corde à linge comme le fil d’un funambule dans ma cour de Pointe -Gatineau, ma mère accroche une courtepointe que la brise nocturne fait frémir….
La lumière de la cours un gros projecteur étale sur l’écran matelassé mon enfance en état de métamorphose cubisme où s’imprime un vernissage de Picasso, je me vois grandir…

Arrêt sur image, mon père et moi en petite chaloupe sur la rivière entre les pitounes de bois qui se ballottent je me lève fragilement allumant le fanal je regarde fièrement mon père assis vieillir…

J’ai en tête un album photo où s’allonge une courtepointe au collage serré comme un calendrier dont chaque cases enferment toutes les images sur la pellicule de mon passé et défile ainsi mes souvenirs…

Un bruit d’orage, la déchirure du film, je reste hypnotisé devant l’écran au moment ou un immense champs de petites fraises à cueillir, ma mère assise à l’ombre d’un chêne crie et me fait signe de venir …

Assis avec mon coke un Jos-Louis en récompense ma mère me caresse les cheveux tendre, tendre la noirceur soudaine, on ferme la lumière de la cour je laisse mon bicycle Mustang rouge contre la shed mon Harley a devenir …
Michel Jetté 2016



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