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Dans son écrin de verdure, la vallée s’expose sereine, aux doux rayons solaires, luminescence bienfaitrice. Un zéphyr doucereux caresse notre peau de sa tiédeur rafraîchissante. Une chaleur précoce surprend le Printemps naissant. Les bourgeons, pressés par ce temps parjure, accouchent avant terme de leurs chétives feuilles, forfaiture .

 Les clochettes blanches ont à peine sonné le Mai, que les amandiers revêtissent prestement leur robes blanches. Une douce insouciance habite les lieux. Le tumulte saisonnier s’arroge le droit de bouleverser le rythme séculier de la déesse Nature. Les oiseaux gazouillent en nombre, le merle siffle à tout vent, interprète majeur de cette chorale volatile. La rivière s’écoule paisible au fond du val. La truite se dissimule, chasseresse, sous une algue guettant maligne, sa proie gracile. Un ruissellement continue berce nos oreilles. La sérénité semble régner maîtresse, laissant comme un parfum d’éternité. 

Mais des nuages menaçants s’agglutinent au lointain. Les cumulonimbus ont chassé les stratus, d’us et coutumes, le ciel devient menaçant. La brise s’est effacée devant des rafales brutales d’un vent impétueux. Tel un enfant gâté, il fait ployer les fleurs et les arbres sous son souffle, ire caprice. De sa colère soudaine, il arrache les belles pétales, balaie les fleurs naissantes et défigure les tulipes, tiges sans corolle. Dame Nature se fâche, elle se racle la gorge et d’un rugissement tonnerre suit la foudre devancière. Comme un déchirement tonitruant, les nuages accompagnent les éclairs en veines sanglantes cherchant leur chemins pour calmer leurs souffrances. La foudre parfois en boule de feu roule sur le sol comme un ballon fou. Le gris noir du ciel vomit soudain sa grêle meurtrière qui hache menu toute une génération de verdure innocente. Le râle continue du tonnerre s’accompagne du battement des grêlons sur le sol comme des tam-tams qui s’avancent menaçants. Tel une armée à l’assaut, de tambours et trompettes, la grosse caisse en écho, l’orage progresse assassin. 

Mais déjà le soleil transperce de ses lances en rayons, le ventre noir de l’orage blessé. Le dragon foudre gronde encore ses cris posthumes, dernières bravades. La pluie perle des arbres, leur robe de verdure trempée. La rivière opaque dégueule sa boue que les berges noyées retiennent de leurs herbes immergées. Le calme revient étrange et pesant. La chaleur sèche les larmes d’eau qui coulent encore ici et là. Dame nature efface lentement sa colère, vaines tentatives pour masquer les stigmates de son humeur changeante. 

La vie est ainsi faite, une jolie vallée sereine et paisible que des orages soudains et violents viennent tancer, fébriles. Mais après la pluie le beau temps. Il faut parfois savoir courber l’échine, laisser passer l’orage et renaître au soleil levant. Bien souvent la foudre a frappé et le tonnerre a rugi, la grêle a dévasté notre esprit. Mais, le soleil, immuable revenant, ensemence notre cœur et l’Amour bienfaiteur, vient soigner nos rancœurs. 



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