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Les torrides journées d’été, lorsque la ville
S’échauffe lentement sous les rayons tombant
Du soleil effréné qui arde tout, tranquille
Je m’assieds un moment à l’ombre sur un banc.

Tranquille, je m’assieds ; j’aime les parcs où trône
Quelque Vénus de pierre allongée, doux repos
(Quand même à épier la statue du vieux faune
Assis sur son derrière et jouant du pipeau).

Un tas de jardiniers, je n’ai pas fait le compte,
Attend horizontal sous un chêne, pardi.
Pourquoi donc le nier ? À ce que l’on raconte,
Travailler est fatal sous les feux de midi.

Au centre du bassin, le jet d’eau éclabousse
L’eau parsemée de joncs et de blancs nénuphars.
Vois-tu les carassins aux écailles si rousses
Qu’on croirait sans façon qu’ils ont piqué un fard ?

J’aime les parcs où glisse, est-ce joie ou tristesse,
Une femme éblouie dans la lumière d’or,
Vision tentatrice à oublier, promesse
Bientôt évanouie. Parfois une autre encor…

Je serais le dernier, mes belles promeneuses,
À regarder ailleurs quand vous apparaissez.
Même les jardiniers à l’abri sous l’yeuse
Se retournent, rieurs, pour mieux vous voir passer.

Mes vers à copier… Jamais la canicule
N’a empêché la plume habile de couler
Sur le bout de papier où les lettres circulent.
Le sable clair qui fume est brûlant dans l’allée.

Un flâneur attardé va de son pas qui traîne,
Nonchalant à dessein, quand l’astre polisson
Montre qu’il sait darder ses rais et son haleine.
Là-bas dans le bassin rôtissent les poissons.

Paul, Anne, Jean, Manon : j’aime les parcs où rêvent
Les amants enlacés – l’arbre est le parchemin
Où ils gravent leur nom, pour l’encre ils ont la sève –
Marchant sans se presser en se tenant la main.

Coniques, chapeautés, les ifs semblent la troupe
Des soldats de ce lieu, vigilants sûrement,
Sans cesse à écouter ce que disent les groupes
Qui errent au milieu de leur casernement.

Cette armée d’ifs taillés, attend-elle que brille
La Lune pour bouger, fantômes attentifs,
Cerbères à veiller ? Qui veut franchir la grille
Du parc est en danger. Craignez l’armée des ifs !

Je m’étire en bâillant : les ifs sont à leur place.
Qu’il est bon de laisser son esprit folâtrer…
Puis debout, cœur vaillant ! Phébus de guerre lasse
Commence à s’abaisser, il est temps de rentrer.

Mais si demain, mon Dieu, le soleil sur la ville
Bande toujours son arc aux traits vifs et flambants
– Ce soleil radieux qui arde tout –, tranquille
J’irai m’asseoir au parc à l’ombre sur un banc.



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