Partagez

J’ai reconstruit mon fief sur des chagrins lacustres,
Tant les mots sont des eaux, tant mes yeux sont buvards.
J’ai la passion barbare et l’amour un peu rustre,
Je suis un mauvais ladre ou peut-être Abélard.

Comme un poulpe à cent bras, comme un monstre édenté,
Le fleuve abolissait les jardins et la terre,
Le temps de les couvrir et de les enfanter,
Sous le puissant limon des lits tentaculaires.

J’ai vu passer plus d’un berceau d’osier,
Celui de Romulus et celui de Moïse,
Portés par le courant, suivis par des bergers :
Je leur devais un toit ou peut-être Héloïse.

Les enfants vont par monts et les parents par vaux,
Car le sang les unit quand le temps les sépare :
Les premiers sont souvent éblouis par les phares,
Les seconds, par prudence, ont peur du renouveau.

J’ai rebâti ma saison deux, sur pilotis,
Avec la rage, avec les crocs d’un charognard,
Quand la nuit m’apportait sa veille en clapotis
Et que j’étais Cerbère ou peut-être Abélard.

J’ai décoré mon fief de marbres en guenilles,
Avec des bas-reliefs vêtus de bas-résille,
La douceur de Rodin flottait sous ta chemise :
C’était sans doute un rêve ou peut-être Héloïse.

J’ai remonté mon fief lego après lego,
Comme un enfant têtu féru d’alter égo.
On m’a donné la main pour construire un rempart
C’est sans doute Héloïse ou peut-être Abélard.

J’ai repeuplé mon fief avec une âme sœur
Et retrouvé le goût du miel et des cerises …
Quelqu’un a dû me dire où se trouvait mon cœur,
C’est sans doute Abélard ou peut-être Héloïse.



Veuillez noter :

Envoi...
Total :
5 sur 26 votes