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Pour plus longtemps de toi, comme un enfant du soir,

Je voudrais une histoire, une autre et une encore,

Jusqu’au sang de la chèvre au lever de l’aurore :

La nuit ne suffit pas pour purifier le noir.

.

Pour plus longtemps de toi, je tomberais malade,

Prenant sans soif tes élixirs et tes breuvages,

Par amour insoluble où Tristan fait naufrage,

Par lente guérison au velours des pommades.

.

Pour plus longtemps de toi, je vivrais de laitues,

Je serais le premier escargot de Bourgogne,

À partager même coquille et même mue,

Par flirt hermaphrodite et par amour gigogne.

.

Pour plus longtemps de toi, j’irais sous la coupole, 

Dans un bel habit vert, comme un maître d’école, 

J’aurais commis alors quelques piteux missels,

Dédaigneux des lecteurs, me sachant immortel.

.

Pour plus longtemps de toi, par mes chevaux de cœur,

Je punirais le Temps d’un sort de Ganelon,

Écartelant sa morgue et ses quatre saisons,

Pour le jeter au jacquemart des confesseurs.

.

Pour plus longtemps de toi, je me ferais tortue,

Baladant sur tes reins ma lenteur de reptile,

Ma maison sur le dos et mon amour fossile,

Pourtant sans carapace à ta peau court-vêtue.

.

Pour plus longtemps de toi, je traînerais des pieds,

En ajoutant des jours à mon amour férié :

Un peu plus de dimanche, un peu plus de calendes

Pour garder ton parfum mûri dans les lavandes.

.

Pour plus longtemps de toi, je clonerais l’histoire,

De la Guerre du feu jusqu’à la Saint Grégoire ;

J’inventerais aussi le fil à couper l’heure,

Pour dire au temps du cœur qu’il reste et qu’il demeure.



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