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Et si, pour toute fleur, ne restait qu’une rose,
Je te la cueillerais, quitte à mourir ensuite,
De chagrin, de vieillesse ou de cuite,
Puisqu’il faut bien partir enfin pour quelque chose.

Et si, pour tout soleil, ne restait qu’un falot,
Je te le donnerais pour éclairer ton pas,
Quitte à marcher sans lui, sans savoir où tu vas,
Pourvu qu’il te servît à comprendre mes mots.

Et si, pour tout début, ne restait qu’une fin,
Je recommencerais comme au tout premier jour,
À t’attendre à l’école, à vouloir ton amour,
Quand le ciel dégringole, on s’attache aux pépins.

Et si, pour toute croix, ne restait qu’une planche,
Des clous de charpentier et des taches de sang,
Je dirais au bon Dieu, quitte à le voir dimanche,
Que je garde mes mains pour ton ventre indécent.

Et si, pour tout brouillard, ne restait qu’un embrun,
Je t’en habillerais avec les gestes gris,
Que font les gens de brume autour des lieux communs,
Pour une épilation, un regard malappris.

Et si pour tout Dali, ne restait que Gala,
Je te peindrais le cœur avec un bas de ventre
Pour être ballotté de Charybde en Scylla,
Car, si la mer tremblait, tu serais épicentre.

Et si, pour tout portrait, ne restait qu’un selfie,
Comme un instant damné qu’on arrache à la vie,
Je te placarderais sur tous les fonds d’écran,
Comme une image sainte à montrer aux enfants.

Et si, pour tout serment, ne restait qu’un poème,
Comme un quatrain qui sourd, comme un tercet qui t’aime,
En deçà de Ronsard, au-delà de tout verbe,
Je le dirais au vent, aux cailloux et à l’herbe.



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