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Les rues entrecroisaient leurs vitrines de givre
Leurs troupeaux d’insomnie aux lèvres de saccage
Des relents d’alcool noir brûlaient sous les fanaux
L’automne s’enrhumait aux portes des bordels
Les oiseaux s’en allaient par grappes silencieuses

Je vivais en partance inoculé de pluies
Prosélyte ébahi d’un monde de voilures
Mais sais-tu nos banlieues n’étaient pas navigables
Tête en torche jetée dans l’éboulis des soirs
J’ai suivi des nuées de phalènes aux morts blanches
En croyant découvrir les chemins d’océan

J’ai dérivé longtemps de galères en bordées
Quand les embarcadères étaient le seul voyage
J’ai appris des saisons crevant batelier fou
Où le cœur éclatait des abcès du soleil
J’ai vu mourir les vagabonds aux doigts de pierre
Une fumée douce et hirsute entre les yeux
Ils n’avaient plus ni faim ni froid ils s’en allaient
En riant à cheval sur leur harmonica
Et rien n’avait plus cours que le poids de leur sang
Au long des plaines alluviales
J’ai vu croître les fleurs aux veinules d’orgueil
Suintant du béton innocentes et voraces
Disant l’anesthésie d’une terre d’acier
Où toute vérité ne peut plus s’aimer nue
J’ai vu pleurer la lune aux griffures du gel
Quand le désert prenait racine à nos genoux

Ai-je rêvé assez rêvé assez couru
Remâchant les caillots de visages défaits
Fouissant chaque rue échiné de brouillards
Quand mes misaines se couchaient ivres et muettes

Sous mes souliers naissaient d’étranges carnavals
Alignant des profils comme des soleils fauves
L’abri d’un caniveau offrait ses marées hautes
Et je pleurais l’enfant souffleur de magies noires

Nous n’irons pas plus loin que la place des Vosges
Les sorciers ont vieilli et prennent le metro
Paris est poussiéreux et se froisse de brumes
La Seine camelote une eau grise aux badauds

Et je cherche l’enfant qui marchait sur la mer
Celui qui répétait en tissant ses brasiers
J’ai vu des arbres morts
S’étoiler de surgeons
Sous des nids de peau tendre



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