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Quand les violons seront  blottis dans leurs étuis,

Quand les gens s’en iront pleins de blues et d’encore,

Quand Brassens sera mort au pied d’un sémaphore

Et que les projecteurs regagneront la nuit,

.

Oubliant follement le tomber du rideau,

Ignorant l’abandon et le désert obscène,

Je chanterai toujours au milieu de ta scène,

Puisque l’amour est fol et que son verbe est beau.

.

Malgré le jour bruyant levé depuis des heures,

Les volets grands ouverts et les cris des oiseaux,

Les jurons du soleil dans le pli des rideaux,

Malgré eux, malgré tout… et la main qui m’effleure,

.

Oubliant follement la lumière et le ciel,

Ignorant les vivants et leurs pauvres courriels,

Je rêverai toujours endormi dans ton bois,

Puisque l’amour est songe et que sa clef, c’est toi.

.

Quand les clowns auront pris le mitan des trottoirs,

Que dansera la rue au son des cornemuses,

Quand les fous seront rois dans un bal qui s’amuse …

Et qu’il fera bon rire, et qu’il fera beau voir,

.

Oubliant follement les dieux du tintamarre,

Ignorant carnaval et les masques hilares,

Je pleurerai toujours au creux de ton épaule,

Puisque l’amour est larme et que ton arbre est saule.

.

Quand le jardin d’Éden ne sera qu’une friche,

Avec ses saints arpents abandonnés aux biches ;

Quand le coquelicot, la violette et l’orpin

Resteront sous la neige à hiverner sans fin,

.

Oubliant follement le pétale et la peau,

Ignorant les onguents de César Birotteau,

Je sentirai toujours le parfum de tes phrases,

Puisque l’amour est fleur et que ton ventre est vase.

.

Tant que le Titanic, tant que le Saint-Géran

Pourriront éventrés sur leurs chagrins passés,

Tant qu’on ne saura pas où va ton trimaran,

Parmi les torpilleurs, parmi les cuirassés,

.

Oubliant follement Ulysse et Magellan,

Ignorant le respect qu’on doit aux portulans,

Je brillerai toujours au bout de ma lumière,

Puisque l’amour est phare et que ton cœur l’éclaire.

.

Malgré la maison close et son marché couvert,

Malgré le mur d’enceinte et les mâchicoulis,

Ilion que l’on assiège hiver après hiver,

Les châteaux forts, les coffres forts, les pont-levis,

.

Oubliant follement la prudence et la peur,

Ignorant que parfois Jéricho n’est qu’un brame,

Je t’ouvrirai toujours les battants de mon cœur,

Puisque l’amour est porte et ton prénom sésame.

.

Quand les lacs rempliront le giron des volcans

Et qu’il fera très froid dans l’enfer de Satan,

Quand l’été passera loin des bras pyromanes

Qui embrasent les pins et les blés de Cézanne,

.

Oubliant follement le feu d’Hiroshima,

Ignorant à jamais le Vésuve et l’Etna,

Je brûlerai toujours en Piton de Fournaise,

Puisque l’amour est lave et que ton corps est braise.

.

Quand rien ne jaillira du sabot de Pégase :

Aucune inspiration, aucune onde à poèmes ;

Quand tout sera tari de l’Oural au Caucase,

Jusqu’aux puits artésiens, jusqu’aux eaux du baptême,

.

Oubliant sobrement le soleil et le plomb

Ignorant la fontaine où nageait le cresson,

Je prendrai toujours soin de ton abricot-pêche,

Puisque l’amour est sève et que ta gorge est sèche.



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