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Note : Comment associer une période de ma jeunesse, pleine de lumière et de bonheur, à une colonie pénitentiaire? Les réminiscences sont des souvenirs plus ou moins distordus qui s’entremêlent à d’autres, déformant la réalité, mais que nous ne pouvons passer sous silence puisqu’elles influencent secrètement nos vies et nos rêves

Sibériade.
À l’ombre d’un grand saule pleureur, près de la laiterie, la vue de mon image prisonnière dans le miroir profond de l’eau du puits; la plainte lancinante du taureau, donnant du sabot sur les murs de sa stalle, et ses grands yeux noirs, d’une tristesse insondable; les poules qui paraissaient moins picorer le grain que s’acharner, bec et ongles, contre la parcelle de terre où elles sont confinées; les lapins qui, dans leurs ébats, se butent contre le grillage de leur cage; seuls les pigeons pouvaient prétendre à une liberté précaire, cependant, puisque qu’un rapace logeant au faîte du vieux silo, véritable mirador, les pourchassait s’ils s’envolaient après à la brunante, les ramenant morts ou vifs dans à son aire. Et nous tous et toutes enchaînés à la terre avec cette odeur qui nous collait à la peau comme l’uniforme du bagnard. Combien de personnalités j’ai dû m’inventer pour peupler mes journées dans ce monde clos!



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