Partagez

Le Soleil est fatigué,
Fatigué d’éclairer la Terre,
Fatigué de gaspiller sa lumière,
Pour un monde en folie
Qui le défie.

Elle tourne,
Tourne à nous étourdir.
A tâtons nous marchons,
Titubons, trébuchons, tombons.
Et si c’était sur la tête….

L’ours blanc dérive
Sur un lambeau de banquise.
Plus de traîneau, ni de renne à Noël.
Vivent les usines, et leurs cocktails
De fumées grises.

Mille doigts s’agrippent,
De froid raidis, à un rafiot pourri,
Quatre planches de tombeau
Pour tout Eldorado.
Soleil noir.

L’orang -outan s’étonne :
Plus de forêt, plus de logis,
Sans préavis, chassé de chez lui.
Des bois, par tonnes,
Dans les docks de Lisbonne.

Parias des villes,
Leurs mains transies aux frimas de la nuit,
Au fond d’un bois, en guise de toit.
Quatre branches de bouleau
Au creux du brasero.

Trahi par la mer,
Le cormoran se meurt, momifié avant l’heure.
La mouette au désespoir lisse ses plumes noires.
Morts les grands oiseaux blancs,
Trophées de marée noire.

Trahie par son père,
La petite fille pleure, étrange douleur,
Corps violenté, âme abîmée,
Mais secret gardé.
Soleil noir.

La Reine a quitté son royaume
Pour butiner à l’Elysée.
Abeilles mutines, devenues citadines,
Fuyant les fleurs aux parfums pesticides,
Et le génétiquement modifié.

Le berger a laissé son troupeau,
Rassasié de toucher les étoiles,
Pris au piège des lumières de la ville,
Au cinq étoiles d’un bidonville.
Mirages de lendemains plus beaux.

Rouge, la tache de la honte.
Blanche, la neige immaculée.
Massacré, le phoque à peine né.
Noirs, ses yeux terrifiés
N’ont pas touché le braconnier.

Blond, le sable devant la maison.
Noir, le garçon tombé sous les balles.
Drogué, l’enfant-soldat revenu.
Hagards, ses yeux n’ont pas reconnu
Le petit frère, et le tue.
Soleil Noir.

Marie-France Lemains Yondo – 2015



Veuillez noter :

Envoi...
Aucun vote pour l'instant