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Je dois bien accepter me rendre à l’évidence, une autre journée où mes mots resteront tous engorgés, enroulés avant de s’égarer au-delà de la marge perdue sans ancrage dans les vrilles du cahier spirale. J’inspire…

Je reste figé assis sur le bord de mon lit en face à face avec la fenêtre guillotine, l’aveuglement de l’aube s’infiltre sournoisement au travers la grisaille, j’entends les premières vibrations du vent son souffle mistral. J’expire…

Je deviens aux aguets comme assis confortablement sur la banquette en cuir de ma Volvo, ma vision transperce le pare-brise s’immobilisant sur l’écran de ma rue en attente des premières images sur rideau de ciel à barre du jour qu’enveloppe de frisson une brise matinale. J’inspire…

Je me saoule devant la ville naissante musicienne mélancolique à l’âme violoncelle, j’amalgame le levé du soleil comme on dépose une dorure sur les immenses buildings cuivrés qui se dressent en armées résonnantes brisant le silence sur ce ciel de lit nuptial. J’expire…

Je me lève dans ma folie devient marcheur somnambule jusqu’au premier pas où empreinte de souvenance funambule sur le fil du temps qui remonte aux tableaux noirs je glisse la craie blanche à bout de mes petits bras pour inscrire la date, 17 septembre sous averse automnale. J’inspire

J’entends des bruissements à peine sonores qui inquiètent l’enfance qui déboule, s’entremêlent en tourbillon sur les pages de l’album photo où glissent nos souvenirs la musique mémorisée des cuivres habille l’horizon comme champs de son doré une couverture sentimentale. J’expire…

Mon esprit court dans les herbes fuyantes que talonne mon temps rougeole je regarde haut et loin pour atteindre mon cerf-volant au bout du chapelet comme une volée d’outardes qui cherche à fuir le pendule de la routine à deux pas entre le boulot et la solitude terminale. J’inspire…

Je débute ce jour la tête en nuage en survole au-dessus des images de ma vie en résonance saccadée, il faut que je ralentisse pour tout goûter, toutes les couleurs aquarelles, les huiles enivrantes, laisser le rythme sensuel à fleur de peau du Jazz devenir vocal. J’expire…

Je rêve maintenant au bout de mon souffle mon corps en balançoire chorégraphie chaque glissade où coulent les pigments source de l’existence qui éclabousse la toile vivante, je viens au monde, vibre mes tympans que berce sous les morsures des cymbales. La vie m’inspire…

Michel Jetté – Soupir de Jazz
image: wondergressive.com



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