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Spleen…

Marcheur solitaire,
marcheur somnambule,
marcheur de l’ombre,
marcheur sans but,
marcheur qui a peur
de la course folle
du quotidien,
ou tous s’essoufflent
à vouloir dépasser l’autre
sans jamais regarder en arrière.

Le regard bien haut,
pour être sûr
de ne rien voir d’autre
que son propre reflet
dans un vaste miroir,
qui est fixé au faîte
ou à la défaite de l’âme
bien au-delà
de notre simple vision
de visionnaire
qui vise que d’être vis-à-vis
visage à visage
avec nos visières
vissées à notre boîte crânienne
coffre-fort de nos sombres vices
qui nourrit le spleen
qui nous habite.

Le spleen
humeur noir corbeau
qui croasse en nous
sa berceuse quotidienne
condisciple du marcheur solitaire
se fuit allant même à courir
mur à mur de son existence
un rat des champs
ou plutôt un rat blanc
de laboratoire
en vase clos.

Il rampe
il glisse
à-plat-ventriste
dans la foule
sans qu’on le voit
avec son teint fantôme.
Il s’évapore chaque jour
un peu plus
il vogue à son gré
poussé
par son propre souffle asthmatique
perdu dans les poussières cosmiques
je suis né poussière
je retournerai à la poussière. S’il n’y a que cette solution pourquoi en avoir si peur. Puisque la quête à la vraie liberté, la seule et unique, le grand sommeil, au bout d’une longue marche à surplomber le vide, battre pour la première fois nos ailes célestes qui nous ont été amputées dès la naissance. Faire le plongeon que l’haleine du vent nous fermes les yeux. Que la camarde nous effleure de ses doigts faméliques et froids. Qu’elle me grise, m’embrasse avec sa langue velours, en tournant sept fois la langue comme les sept péchés capitaux, qu’elle se délecte de mon spleen que je lui tends à pleine bouche en bouquet de roses noirs épineux, amen…

Michel Jetté



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