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T’écris pas pour te sevrer

T’écris pas pour te sevrer
Tu l‘as là dans tes veines
Tes veines en désordre
Ca te brûle
Ca te bouffe
T’es là comme un affamé
Le coeur qui claque
Le maux
Le mot
Ca s’accroche pas dans le même son
On en prend, on en jette,
On en lave, on en taille,
On en chiale, on en crève
Dans nos arrachés au point, à la grande majuscule
On absorbe les mots mais pas avec le même buvard
On se respire de nos mots , on les couche,
On les gueule, on les éventre,
On les soigne, on les terre sur les trottoirs
On les colle, on les calcine, on les essuie
Contre les visage des passants
On leur donne chair, sang,liane
Ils font du bruit dans les arbres de nos vies
On les cogne contre les murs
Comme si on voulait les faire renaître
On siffle leur peau, leur soufre, leur sucre
On sue leurs entrailles dans nos bouches usées
A vouloir refaire chacune de nos partitions avec les autres
On écrit à leur sciure, à leur interdit, à leur supplice
On écrit à leur faim, à leur soif, à leur Credo
On écrit qu’on est vivants, qu’on est poussière
On se gave nos mots contre nos soleils oubliés
On écrit à la peur de tout perdre dans notre coquille de Terre
On écrit la rosée écorchée, les herbes folles, la paume du vent
On se blesse encore plus fort, on meurt encore plus fort
Dans nos lettres mêlées
On fugue avec nos mots pour parfumer
Nos routes du demain
Avec nos vêtements de l’hier
On vient à l’encre comme on vient à la vie
Dans un temps de pluie
On écrit le bleu, le blanc, le noir, le rouge
En les faisant déborder dans notre arrogance
On se saoule, on s’agrippe, on tangue
Dans leur grande farandole à nos heures écorchées
On les porte à chacun de nos banquets
Sur nos os secoués
On les blesse à la vomissure de nos illusions
Et on les crie dans nos ciels sans arrivée

Non t’écris pas pour te sevrer
Tu l’as là dans tes veines
Comme si le commencement était trop long
Et la vie pas assez

Non t’écris pas pour te sevrer.

Anne.B



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