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Un brave camelot espérait empocher une très grosse somme d’argent en un laps de temps très court. C’est le contraire qui s’est produit, il en a été réduit à dilapider ses maigres économies et il n’a même plus de quoi se payer, en fin de journée, un demi-setier de bière rousse dans un bistroquet ordinaire.
Plein de jactance dans sa pétulance, ce marchand ambulant propose des flans assez loin d’être succulents mais ses doux amuse-gueule au féculent, dans leur emballage bien blanc, n’ont pas d’équivalent : c’est avec un talent indéniable de bonimenteur qu’il souligne toute leur excellence. Tel un gobelin-trivelin, il joue fréquemment à « qui-fait-l’un-fait-l’autre » et ses arguments très sûrs se lancent dans des tours de passe-passe sans fin. Il frime davantage encore s’il se sent en manque de louanges face à des clients potentiels qui lui résistent bien. S’il vous propose, en échange de l’obtention de tout ce que vous désirez le plus au monde et que vous ne pourriez normalement acquérir, que vous lui promettiez de faire tout ce qu’il vous demandera : sachez bien que c’est une infâme machination qu’il est en train de mijoter et que vous devez refuser !
Grand réformateur de la vie sociale de son village natal et président à vie du cercle horticole local, il avait subitement tout plaqué pour chercher sa raison d’être dans une activité plus nomade. Il ressemble un peu à ces poètes contemporains qui ne parviennent à trouver l’inspiration que dans des voyages interminables entre des groupuscules de globe-trotters épuisés et des convois de joyeux touristes : l’originalité de leur poésie égale celle de leurs déplacements ! Surtout il se sent bien dans ses paradis artificiels et il ne veut plus qu’on vienne l’emmerder en lui parlant des malheurs du monde d’aujourd’hui. Néanmoins il défend des chômeurs de sa connaissance qui ne possèdent rien mais qui se font traiter de profiteurs ! Puisqu’ils n’ont rien, ils profitent de rien ! D’autres qui n’ont qu’une misère, profiteraient d’une misère ?! Mais il admet que quelques fils-à-papa profitent peut-être de leur papa et de sa situation sociale !
Dans les brèves pauses qu’il s’accorde, il se contente de se caler les chocottes avec des tartines beurrées à la pâte de choco qu’il accompagne d’un peu de jus de fraise. Il est d’accord que «la vraie vie est ailleurs », mais il pense que ce n’est pas, à proprement parler, dans un lieu lointain et très différent qu’elle se trouve. Selon lui, elle n’est nulle part … mais, en de rares occasions seulement et pendant un moment très bref, elle peut être n’importe où : dans ce cas, il la sent pourtant diffuse, évanescente, fuyante. Nous ne parvenons jamais à la posséder et c’est elle qui nous possède ! Néanmoins il a lu dans un conte très curieux qu’on pouvait jadis la connaître pendant une longue partie de son existence, sans discontinuer,… en ces temps très lointains où l’on confondait encore les géants avec des peupliers, puisque les géants commandaient alors au peuple !
Sa collègue préférée gagne un peu plus que lui, d’habitude : elle vend du fil à coudre et des bonbons. Depuis qu’ils font leur tournée ensemble dans les mêmes quartiers, il a remarqué combien elle est prévoyante. Elle a même pensé à se munir d’une bonne boussole car elle ne voudrait pas qu’il leur arrive la même « aventure » qu’aux fiancés des Hautes Fagnes. D’autant qu’on est en plein hiver !



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