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L’enfance heureuse et calme joue sur un tapis.
Son âme s’ouvre ainsi au monde des pensées,
Et l’on voit un petit, soudain troublé d’un songe,
Formuler sa question : « À quoi ça sert de vivre ? »

Désemparé, on cherche alors en quelque livre,
Prisonnier de son doute, on tire sur sa longe,
Quand toutes nos raisons paraissent insensées
Que dire au marmouset ? « Je ne sais pas, tant pis !?»

Comment, si jeune pousse et déjà philosophe ?
Et moi qui reste muet quand tant de mots m’agacent,
Quand tout ce que je suis, jusqu’alors éprouvé,
Voudrait d’une sagesse épouser le discours ?

Que dire à l’enfançon, devant le point du jour ?
« Petit, le malheur vient, il saura te trouver,
La mort est notre lot, tous les êtres s’effacent,
Et l’homme est à lui-même une ample catastrophe ? »

Est-ce mentir, enfin, de convoquer l’espoir,
De lui donner le beau, le doux et la tendresse,
Ignorant le pourquoi de savoir que l’on s’aime,
Sur la crête des mers, embruns mouillant la vague ?

La vie va, nous émonde et toujours nous élague,
On ne récolte pas, souvent, ce que l’on sème,
Ce que l’on croit tenir il faut qu’on le délaisse,
Où dans l’ombre la fin s’avance avec le soir ?

Et, voici, tu es là ; déjà tu m’interroges,
Ton œil clair qui s’étonne et cherche, à sa mesure,
Dans le fouillis du monde, alentour découvert,
Un sens à ce désir à peine en toi éclos.

Tu me renvois, enfant, à mes élans forclos,
Brèche en moi sur la digue en l’abîme entrouvert ;
Je devrais te guider de ma main qui t’assure,
En vrai, je ne sais rien où ce vide m’abroge.

Pourquoi vivre, bien sûr, que sert-il d’exister
Dans ce flux qui nous porte, infime particule,
Conscience dans la chair un peu comme une escarre,
Écharde du savoir en l’espèce qui meurt ?

Hélas, enfant, céans n’avons nulle demeure,
Chaque instant qui nous prend nous navre et nous égare,
Et nous n’allons jamais que vers le crépuscule,
Sans rien savoir de nous ce qui va persister.

Nos rires, nos câlins, cette complicité
Dans la tiédeur du jour où l’été chante en brises,
Et toi dedans mes bras qui rêve et qui t’émeus
Ce conte fait de nous, évanouis dans l’air…

Je ne sais rien de plus mon enfant à l’œil clair,
Il faut aimer, toujours, aussi fort que l’on peut,
Tout ce qu’il est possible, autant que l’on s’en grise,
En cette paix fonder notre félicité.

C’est là mon seul viatique et j’en sais la douleur,
Il n’est simple à saisir, notre cœur s’y écaille,
Et parfois l’on s’y perd au pays des chimères
Où nos grèves s’ennuient dans l’espoir du retour.

Je ne sais d’autre issue parmi ces vains détours,
Comment te l’exprimer, petite âme si chère,
Quand tous ces mots ne sont qu’un collier de rimailles
Sertis sur le néant sans âge et sans couleur ?

mars 2012



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