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Le silence régnait. Dans les sombres ruelles,
On entendait, parfois, les pas des sentinelles
Qui veillaient sur les portes fermées où les gens
Tremblaient pour leur vie et pour leur maison.
Dans une chaumière sombre, une femme veillait
Patiemment. Ses entrailles travaillaient.
Son enfant allait naître et la mère, de souffrance,
Pleurait. Et les larmes coulaient, en silence.

Doigts crispés et les dents serrant un mouchoir,
Ses yeux effarés criaient son fol espoir
De voir la fin de ses maux : la délivrance
La naissance du fruit de sa souffrance.
Puis vint le moment où les cruelles contractions
Cessèrent, enfin, et le petit enfant,
A peine mis au monde, emplit ses poumons,
Gonfla sa poitrine d’air, et la pauvre maman,
En retenant ses larmes, dut étouffer ce cri,
Et, le cœur bien gros, à son fils, elle sourit.

Elle le prit dans ses bras et, en chantonnant,
Si bas que sa voix semblait un murmure,
Elle le berça, enfin, maintenant qu’elle est sûre
Que le fruit de ses entrailles vivait réellement.
Elle lui dit à l’oreille, se sachant incomprise,
Ces mots que le bébé écouta sans surprise :
« Ecoute, mon fils et sache que c’est la guerre !
Si mon cœur est heureux, triste est mon visage.
Nous avons grand espoir, mais sache que ton père,
Pour sa sécurité, a quitté le village.
Peut-être, Grâce à Dieu, à son prochain passage,
Avec ses compagnons, il viendra au cépage,
Il verra son enfant : il saura qu’il est père,
Mais, tu vivras, mon fils, protégé par ta mère.
Endors-toi, mon enfant et fasse que tous les Saints
Veillent sur toi et ton père ! Mais, par sécurité,
Ne crie pas, mon enfant ! Tiens ! Prends mon sein !
Que mon lait te nourrisse et assure ta santé.
Le pas des sentinelles s’entendait dans les rues
Et la voix de la mère, éreintée, s’était tue.
Cheikh Saïd MECHERRI



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