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Je caresse les pages du dictionnaire. Un monde endormi entre des draps de papier à Bible. Écrire? L’alcool et le tabac se rappellent à moi. Je m’enivre de musique et de café.

Je relis un mot de Nicholas Sacco écrit depuis sa cellule : «Je voulais vous écrire…mais j’étais si triste…que je n’ai pas pu.» Je suis si triste… écrire?

Je pense à Julius et Ethel, à leur destinée commune dans le couloir de la mort, à leurs enfants. Je suis si triste… écrire?

J’ai écrit des poèmes pour Mohammed Harkat, menacé de torture et de mort dans son pays. Mohammed ne pleure jamais. Écrire? Je suis si triste…

Je lis : «mon cœur est déchiré par la grande faille du monde.»* Je suis si triste…écrire?

Dans ma tour j’ai froid à cœur fendre. Le dernier trèfle à quatre feuilles est mort. La réalité m’échappe. Je perds pied, tombe et me meurs. L’imaginaire se déploie, je me réincarne. Je ne vois pas ce qui est là; je vois ce qui n’y est pas. Écrire? Les mots ne me suffisent plus. Je referme le dictionnaire…et bois.

*Heinrich Heine

Robert Marois – Devant la page triste
image: huffingtonpost.ca



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