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En la baie Saint-Michel, au petit matin frais,
Un voile de brume silhouette le mont.
À l’heure où mélusines et autres sirènes
Rejoignent les grands fonds, là, naissent mes démons :
Ici, en plein été, s’en est allée Irène,
Emportée par les eaux, au petit matin frais.

Chaque jour que Dieu fait, en la baie Saint-Michel,
Et dès potron-minet, je crispe fort mes poings
Et blasphème à tout vent les mots les plus infâmes !
Vive est ma colère qu’autant ma douleur point :
Pas l’ombre d’un espoir ni l’ombre de ma femme,
Je crache alors l’insulte en la baie Saint-Michel…

En la baie Saint-Michel, au petit matin frais,
La marée se présente et je dois m’en aller.
Tandis que l’estivant, de ce lieu s’émerveille,
Promenant son regard, bouche en cœur, teint hâlé,
Je regagne la terre et, pareil à la veille,
J’attendrai le jusant d’un petit matin frais.

Le temps n’existe guère en la baie Saint-Michel,
Car à trop espérer, aujourd’hui c’est demain.
Et comment l’oublier quand d’elle je suis ivre ?
Mes rides se lisent, comme un vieux parchemin !
Dans ma vaine quête je n’ai fait que survivre
Depuis ce matin frais, en la baie Saint-Michel…



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