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On sort à présent des sentiers battus… Ces communes rurales couvertes d’arbres en fleurs n’ont ni gouvernement ni chef. Sur le mont Dindyme, le paysage devient franchement grandiose. Un marécage des deux côtés de la route dans la zone des avalanches ! Nos voyageurs marchent par des campagnes désertes : quelques maigres buissons, quelques baies et quelques champignons, d’immenses fougères élégantes au pied d’arbustes clairsemés, quelques beaux pâturages naturels. Parfois le sol est entièrement couvert de mousse ou de céleri sauvage.
On arrive alors à un petit chemin en pente qui conduit jusqu’à un volcan à sommet plat, sur une assez grande élévation. L’excursion commence bien. D’après les cartes, on n’est pas loin de l’Atintanie. On accède à celle-ci par un layon bordé de buissons épineux au long du fleuve Halyce. Ayant une assez longue route à parcourir, nos courageux piétons font halte dans une auberge de Magnitagorsk, au bord de l’étang de Diane.
Ils s’endorment d’une masse en rêvant aux paysages prodigieux parcourus lors des précédents périples : la caravane vers les pays de la soie à travers les steppes sans fin, le tour complet de la Mer Hyrcanienne, la découverte d’un continent nouveau dans l’immensité du désert et de l’Océan. Ils ont retrouvé les survivants des anciens peuples de l’Atlantide ! …
Ils sont debout dès l’aube et leur hôte leur apprend qu’il existe un passage secret pour atteindre la Kakhétie juste au coucher du soleil, si tout se passe bien. Après avoir parcouru environ 10 lieues parmi les touffes de cactus, ils atteignent des cottages entourés de vignes. La végétation y abonde sur un riche terreau noir. Quel contraste avec la laideur de nos villes modernes ! Cà ressemble à un Paradis hors du temps, bâti sur un large promontoire borné par une rangée de montagnes, au large du Cap des Aromates. Les randonneurs éblouis décident de s’attarder quelque temps dans ce charmant pays de la Briantique. C’est somme toute la moindre des choses ! On y passe des vacances au meilleur prix.
Quand le vent frais d’Est s’apaisa, ils reprirent la route, aidés par une brise légère. Quittant la plus fertile des contrées, ils traversent, sans s’y attarder, la terre imaginaire de la fille du roi guanche qui enferme l’or du Phase dans des peaux de bouc. On est aux portes de l’Enfer ! La tempête de neige fait rage. Tout s’estompe dans les ténèbres. Ils sont perdus dans la Fagne. Les gens disent leur morosité… Ils se reposent un peu dans la masure des marais. Soudain les sauvages paraissent : la coutume est alors de faire des présents ! Chacune des mules de l’expédition peut heureusement porter 198 kilos de verroterie et de petits objets en métal.
Parmi ces indigènes insouciants vit un errant dilettante venu du bord du lac Popoo. Autrefois il a parcouru seul le plateau du Deccan ainsi que les mers de la Chine et de l’Inde et la terre de Knud-Rassmussen, là où les glaciers et la banquise arctique fondent. Il a aussi séjourné en ermite, pendant plusieurs années, sur une île entièrement couverte de moutons. Finalement c’est ici qu’il a trouvé sa tribu à lui et il a décidé de ne plus en bouger !
A présent le brouillard s’est un peu dissipé. On se trouve dans un district où il y a peu de sources mais où pousse une rhubarbe gigantesque. La petite horde se dirige vers le Grand Nord. Le lit du torrent s’élargit à l’entrée d’une immense forêt où les fourmilières pullulent. Affaiblis par les fatigues et les privations, sans rien à boire ni à manger, ils se nourrissent uniquement de lichens tout jeunes encore, comme des bêtes sauvages ! C’est pire que Port-Famine ! Ils cherchent des endroits de refuge dans des cavernes ou des huttes abandonnées par les autochtones. Comme tous les consommateurs du globe, ils savent pourtant que la Terre n’est plus qu’un tout petit village beaucoup trop surpeuplé… D’ailleurs ils croisent des matelots errant dans les bois. Descendus au fond de ravins profonds, ils aperçoivent au loin une équipe de l’association des géologues amateurs grimpant sur la paroi d’un rocher entre les arbres rabougris. Après s’être déplacés seulement à quelques kilomètres de là, ils s’engagent dans un labyrinthe de montagnes. Des falaises tombant à pic invitent à découvrir de nouvelles sensations. Au sommet de la sierra, les différentes tribus se font la guerre. Rien ne va plus pour nos explorateurs ! Plutôt que de risquer l’ascension du péno volcanique, ils décident à l’unanimité d’abandonner l’aventure en montant tout de suite dans une auto de couleur blanche. Cette expérience n’a pas été une franche réussite ! Il n’y a même aucun habitant qui apparaisse pour les réconforter un peu par un signe d’adieu ; on entend seulement quantité de mouettes ! Après une journée de repos sur une grève de sable auprès d’une charmante petite baie, ils se retrouvent dans des conditions idéales pour rentrer chez eux. Cà peut arriver à n’importe qui d’être déçu par un long voyage, pourtant tumultueux !
A cause des problèmes techniques rencontrés par le train suite à la violence croissante du vent et des fortes précipitations, ils choisissent de prendre l’avion, heureusement un des meilleurs du monde ! C’est dans ces circonstances délicates que leur scribe rédige le récit de l’expédition, dans un style audacieux qui défie la banalité, … et à contre-courant ! C’est de bon augure pour la suite des opérations. De retour en Belgique, de vieux maux se réveillent en eux. Dans une région qui est partout à proximité des autoroutes, ils ne songent déjà plus qu’à l’assainissement des centres urbains !



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