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Les squatters venus de la campagne sont tenus de retirer leur autorisation dans les 10 jours à la mairie de leur quartier. Spurius, lui, est un enfant de la Ville comme Shéhérazade : il se sent chez lui partout où règne l’acculturation. Mais il ne se mobilise pas pour une cause. Trait particulier : on dit de lui qu’il est si petit qu’il pourrait passer par le trou d’une serrure !
Il se plaît à arpenter les trottoirs pleins de monde et les passages cloutés. A présent il remonte une pente où les taudis ont à peine gardé leur faible charpente. Dans le dédale du contournement de multiples chantiers, il croise des colleurs d’affiches publicitaires qui arborent d’immenses phylactères remplis de promesses de bonheur. En passant par l’Avenue Béton, il se rappelle que les prescriptions d’alignement sont les dispositions les plus anciennes de l’urbanisme réglementaire. Sans trop s’en inquiéter, il dépasse des bagnoles à l’arrêt, en file indienne, dont les klaxons produisent un tintamarre au rythme très soutenu. Lassé de tant de retard, un chauffard gueulard cherche la bagarre devant des piétons hilares !
Spurquin n’a jamais aimé cette banlieue sordide, il préfère le Centre-ville où les piétons disposent désormais pour eux seuls d’une large part de l’espace public pour se marcher sur les pieds. Heureusement les baraques de mineurs délabrées et parfaitement laides de son coron font maintenant l’objet de soins attentifs et sont classées dans la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager ! La Wallonie est devenue un espace privilégié pour les amateurs d’archéologie industrielle.
Consultant son GSM, il est informé subitement d’une trop grande concentration dans l’air de méthane et de chlorofluorocarbures ! Vite ! Il s’éloigne des tours des faubourgs en traversant tout un îlot qui a été exproprié et est passé en friche urbaine. Il cherche un coin tranquille avec un peu de verdure pour s’imaginer légèrement à l’écart de cet espace de conurbation présentement trop pollué. Il atteint enfin les hauteurs de Bellaire : c’est un beau quartier où on tond chaque jour les pelouses des parcs et des jardins d’agrément. Il passe devant des façades orgueilleuses et de rustiques palissades. On a même laissé subsister de paisibles impasses. Il s’assied sur un banc d’un petit arboretum qui voisine avec le théâtre du boulevard et trois banques de première importance.
Il songe encore à déménager. Son logement est mal orienté par rapport aux rayons du soleil. Toutefois, s’il ne trouve pas mieux pour le même prix, il devra se contenter de son actuel gourbi qui ne répond pas aux normes réglementaires d’habitabilité et de confort. C’est toujours mieux que de passer la nuit par terre dans une gare !
Naguère dans le quartier des ministères, il avait croisé une blonde coquette, fort affable et pas mal belle, qui, sans doute charmée par son look très bohème, l’avait invité à venir s’installer chez elle. Mais çà ne s’est pas fait car il n’a pas trouvé le nom de sa rue sur le plan urbain. Il se demande bien comment c’est possible !
Néanmoins tout ne va pas si mal ! Il se sent bien au chaud dans le microclimat urbain. Il devine que l’augmentation de la population va de pair avec le besoin d’accroître le nombre de réserves naturelles, et il s’en réjouit !



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