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Il remontait du sol de confuses fragrances,
Ces moiteurs de l’Été, à l’heure crépusculaire,
Mélange des parfums des Dames de l’Intendance,
Et d’effluves de ville, en moult exemplaires…

Georgin attendait dans la lumière du soir,
Candélabres et lumignons à l’éclat ambré,
Diffusant leur or sur l’aire des trottoirs,
A ces instants où plus rien n’est encombré…

Silencieux, glissant sur ses rails,
Un tram au métal luisant s’avançait …
A l’arrêt retentit sa frêle sonnaille,
Et les ouvrants, comme son cœur, palpitaient…

Les quelques passagers qui descendent
Georgin, en vain, a suivi du regard,
N’y reconnaissant sa belle Escalande,
Elle, qui jamais, n’arrive en retard…

Moins cinq, s’affichait au cadran de sa montre,
Elle lui avait dit au plus tard à Neuf heures…
Ce n’était pas leur première rencontre,
Ni la première fois, que tremblait son bonheur …

Force lui fut de prolonger l’attente…
Le tram suivant est à encore dix minutes…
De quoi ressasser les doutes qui le hantent
Affres d’une passion qui tant, le persécute

Il ne voyait plus rien de ce qui l’entoure,
Hormis ces rails qu’il fixe obstinément,
Semblables aux deux bras de l’Amour,
Une voie sacrée qui unit les amants …

Aussi raide que l’acier dans la chaussée,
Georgin se figeait dans le temps et l’espace,
Là, planté, et sur ses pointes, rehaussé …
Des deux virgules de fer, il ne perdait la trace …

Arrivait alors une nouvelle rame,
Le même carillon, en ouvrit les portes
Mais ci fait, s’intensifia le drame,
Pour qu’aucune Escalande ne sorte …

Par tranches de dix minutes, sa vie chavirait
Chaque nouveau passage était une torture…
Jamais de cet endroit il ne repartirait,
Jamais, sans Elle, il n’aurait de futur …

Il était là, perdu dans son profond désarroi,
Le regard humide, les jambes en albâtre…
Quand sur sa joue, elle tendit son joli minois,
Jamais si fort, il n’avait senti leurs cœurs battre …

Patrice Lucquiaud



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