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Un père désirant prémunir davantage
Son unique rejeton de périls futurs,
Lui tint, en deux mots ; à peu près ce langage
Qui lui fera leçon des choses de l’avenir.
Garde-toi bien, mon fils, durant toute ta vie,
De trois grands maux dont le monde a souffert :
Du nez, de la langue, du visage qui sourit,
Ecoute et prend acte du conseil de ton père !
Le fils, juge et partie, se décide
D’éprouver de par lui-même
Le jugement très lucide
Du père, quoique il devienne.
Il s’associe au beau parleur,
Dont plus rien ne le sépare,
Celui-ci lui fit honneur
De lui rendre tous les égards.
Au visage qui sourit, il s’adresse,
Et de ce jour, tous ses ennuis
Sont étudiés avec noblesse
Par ce jouisseur des folles nuits.
Après cela, ne reste plus que le nez,
Organe orné de belles moustaches,
Et notre jeune homme s’amourache,
Comme un jouvenceau, de son aînée.
Son père, considérant le bel usage
Que son fils faisait de ses conseils,
Lui dit : Mon fils ! Tu n’es pas sage !
Ecoute ! Prends garde et veille !
Et tu sauras, en ce jour,
La valeur de l’amitié.
Un seul ami pour toujours
Vaut mieux que tous ces alliés
Tu sauras que le nez, symbole de l’honneur,
Ainsi que le visage qui sourit à toute heure,
De même que la langue du beau parleur,
Tous t’oublieront, quand viendra le malheur !
Prends donc ce beau bélier
Et veille à l’apprêter,
Puis tu pourras inviter
Ceux qui te sont si alliés !
Etends sa carcasse et veille à la couvrir !
Appelle tes amis ! Dis-leur de venir !
Dis leur ton crime ! Ils doivent te soutenir !
Ainsi tu verras s’ils vont te secourir !
Le fils court partout, du nez au beau parleur,
A la langue, enfin, à ses trois amis,
Appelant au secours, rappelant leur ardeur,
Leur soutien, enfin, ce qu’ils avaient promis.
A chacun, les raisons, les prétextes ne manquent pas.
Aucun des trois amis ne se dit enfin prêt.
Ils lui répondent tous que, de ce mauvais pas,
A lui de réagir, à lui de s’en tirer.
Le père savait, par expérience,
Que l’amitié n’est sincère,
Que si méfiance et confiance
Sont vécues à cœur ouvert.
Il envoie son fils vers son ami unique,
Le prie de se presser, pour un besoin urgent.
Et celui-ci répond : « Du calme ! Pas de panique !
Le temps de se munir en armes et argent. »
Le fils, tout remué, revient vers son père,
Il lui dit que l’ami lui répond d’une manière
Qui dénote sûrement une amitié sincère
Prouvant que deux amis doivent aussi être frères !
Ceux en qui il a cru avoir pleine confiance,
Ceux en qui il a mis toute son espérance,
Vantardise, égoïsme sont leurs seules qualités,
Leurs pareils et eux-mêmes sont tous à éviter.
Cette leçon vaut bien que chacun y repense.
Les gens qui pour vous-même n’ont eu que défiance,
Les gens en qui sommeille une sourde méfiance,
Ne sont point des gens en qui avoir confiance.



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