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Veilleur de cour…

Seule sentinelle au fond de la cour
Figé en sol comme une pierre tombale
Pétrifié par l’haleine froide du temps
Sous bourrasque frémissante de janvier
Il reste là esseulé guetteur engourdi
Couvert de cette froidure enveloppante
Souffle funeste l’écrasant de son poids
Jusqu’au point critique de l’éclatement
Le craquement sourd de ses branches
Une longue agonie lancée au noir nuage
Comme un chant funèbre dernier souffle
Que l’on chuchote au veilleur de vie
Faisant vibrer le tambourin ce lacrymosa
Douce résonance coulante murmure de la sève
Se faufilant derrière l’écorce, écorchée
Prière monotone figée sous ce verglas
Cette pluie nordique pleure d’une banquise
Qui le drape d’un linceul translucide
Comme un grand manteau fragile de verre
Suis-je le seul à entendre tristes sanglots
Qui pour moi sont de longuets hurlements
Qui transpercent le voile des souvenances
En séance de court métrage ininterrompu
Présenté en enfilade mémoire visionnant
Jeune fille mante rouge rire lancé au vent
Fuyant devant moi en attente d’une poussée
Crie d’enfance sur la balançoire accrochée
Cueillette de fruit rouge goût de compote
Dans petite maison assise sur ses branches
Crie de guerre enfantine de voix non muée
Je le métamorphose en photo aquarelle
Au nuance d’une âme où fuit la mémoire
Jour où le temps devient souffleur de verre
Un fond de ciel trop bas couleur bleu du passé
Qui tonne, tourmente, tournoie, tournaille
Un ciel qui déverse sur ces frêles épaules
Et sur ce papier aquarelle ces larmes mémoires
Au couleur fluide souvenir figé sous la vitre
Cadre noir funeste passe-partout blanc neige
Le personnage central le veilleur de cour
Vieux pommier figé sous verglas mais plein de vie
Resteras toujours sentinelle veilleur de cour
Sur ce mur encadré gardien de souvenance…

Michel Jetté



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