Partagez

Un jour, une bête de somme osa
Revendiquer son bout de terre ;
Un chien de fusil lui proposa
De commencer par se taire…

Au stade, un spectateur a le trac,
On cherche celui qui a passé le tract,
La fanfare joue de la matraque.
Un aigle à tête blanche le traque,
Il espère s’échapper à l’entracte
Mais, sale hasard, un micro se détraque.

Son nom, pigeon d’argile,
Prend son envol : liberté fragile,
Aucune issue possible,
C’est lui la cible !

Une rafale agite l’air : la mort !
Franco de port, l’insecte le mord.
Sur son épine hochait, en balance,
Sa tête qui défiait encore le silence :

Un dernier mot pour les porcs qui attende,
En coulisse, leur ration de dividendes,
Devant le peloton d’hommes léopards
Il demande qu’on l’enterre avec sa part !

Mais au trépas, pas d’octroi,
Au compte de trois
On le jette à la rivière
Avec la civière.
Des années d’oublis plus tard, un prélat,
Corbeau revendeur de passes pour l’Au-delà,
En plein vol, une nuit d’un noir soutane,
Incommodé par l’odeur de méthane,
Est forcé de se poser
Avec une forte nausée
Sur le dépotoir d’une colonie de vers
Qui lui offre un bouillon d’os nus
Pour soulager son calvaire.
« Un verre d’eau n’eût
Moins de saveur en ville ! »
Dit-il à un rat porteur de scandale aux nues,
En dénonçant cette absence de droits civils
Dans une lettre ouverte à l’ONU.

Instruit de cette affaire
Paraissant sortir des Enfers,
Un Primate, émissaire de marque cossu,
Exige l’autopsie des restes ossus.

Les résultats de l’examen
Révèlent des blessures par balles,
Évidence d’un attentat humain,
Associées à des pratiques cannibales.
Rapidement, il se lave les mains
Car le soir même il était invité à un bal :

Cérémonie à quatre pattes du maire
Qui le félicite pour l’exécution sommaire,
De son enquête sur le charnier,
Et lui remet une bouteille de Grand-Marnier.

Ici, où il se croyait à l’abri, néanmoins,
Sous la pluie gît le dernier témoin :
Un serin, poète, dans la pinède,
Battu par une horde de Skinheads.

La veille, coïncidence bizarre,
Le Grand Duc d’une basse Cour
Avait relâché ces mutants,
Qui avait saccagé la Place des Arts,
Croyant sur parole le discours
D’un fin renard payé comptant.

La justice avait gardé son fard
Et laissé passer la fanfare
Accompagnant la sinistre danse
De leurs pas en cadence
Jusque sur les marches du palais,
Où ils avaient proclamé que la loi naturelle
Devait suivre son cours,
Devant une meute de valais
Recrutée dans les ruelles
Pour la chasse à courre,
Avant de les lancer avec frénésie
Sur le chantre de l’hérésie.
C’était la nuit de la poésie…
Mais à l’abattoir
Il n’y qu’une morale
La mort seule est au répertoire.
Rapidement il faut en finir,
Juste le temps pour un souvenir :
Il y avait un aigle à tête blanche,
Orgueilleux emblème sur son aire,
Et un serin sur une branche
Qui chantait la liberté sur terre :
Une ritournelle laissée en gage
Pour ouvrir toutes les cages.

note: Six dictateurs se cachent dans le
texte vous pouvez vous amuser à les
trouver et me faire rapport de vos découvertes!



Veuillez noter :

Envoi...
Total :
4.25 sur 8 votes