Partagez

Ils regardent le ciel, une dernière fois,
Avant de s’enfoncer au centre de la terre,
Toujours un peu la peur, comme on a quelquefois,
De laisser une vie ou un amour derrière.

Et puis c’est la descente, aussi longue que lente,
Ils regardent un ami, lui regarde le vide,
« Mon Dieu comme elle est longue c’te putain de descente »,
Ils ont au fond du cœur, un petit goût acide.

Et arrive le fond, et arrive le noir,
Et arrive la trouille de ne pas remonter,
Ici au fond du trou, ils rêvent d’un espoir,
De retrouver le soir, la femme et un dîner.

Et toute la journée ils tapent dans la roche,
Ils tapent de colère, ils tapent de douleur,
Et cette idée qui vient, cette idée qui s’accroche,
« Où s’arrête la vie, où commence la peur ? »

Ils croisent en un éclair des yeux qui les regardent,
Un rat vient de passer, il recherche un festin,
Ils ne regardent plus ces yeux qui les retardent,
Un morceau de charbon va indiquer la fin.

Alors ils ont gagné un instant de repos,
En un morceau de pain, un bout de saucisson,
Des gouttes qui ruissellent et tombent sur le dos
Leur servent de café, leur servent de boisson.

Ils reprennent la pioche et tapent de nouveau,
Et ils tapent toujours, qu’ils en oublient le temps,
S’imaginent qu’en haut le soleil est au beau,
Ignorent que la nuit est là depuis longtemps.

Et puis soudain la cloche qui gueule la sortie,
Ils regardent un ami, lui regarde le vide,
« Mon Dieu comme elle est longue c’te putain de sortie ».
Leur regard est éteint, leur regard est livide.

Ils sortent de ce trou, ils sortent de ce noir,
Ils retrouvent la nuit qui recouvre la vie,
Et puis c’est la maison et un semblant d’espoir,
La femme qui attend, et un semblant d’oubli.

Un baiser sur le front, ils s’assoient près du feu,
Elles serviront la soupe et un verre de vin rouge,
Mais ils dorment déjà, excusez-les du peu,
Dehors c’est le silence, dehors, plus rien ne bouge.

(alain/Poésie25)



Veuillez noter :

Envoi...
Total :
5 sur 11 votes