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La mousse couvre matelas, le sol spongieux. Les troncs d’arbres plantent rectilignes leur tronc dans cette épaisseur ouatée en nobles prétentieux. Les souches meurtries présentent leur corps difformes que des insectes, en agapes joyeuses, rongent gourmets. L’écorce restante masquent encore pudique, le bois éponge. Haut dans le ciel les branches s’élancent à la conquête du firmament, une course folle vers la lumière, ce phénix permanent, ce faiseur de songe. Le feuillage touffu des cimes s’enivre photosynthèse de l’astre solaire luminescent, dodu. Telles des lances acérées, les rayons du soleil transpercent la canopée et éclairent la forêt d’un hâle, d’une lueur fée. L’odeur de sous-bois envahit notre odorat timide de ses douces effluves fraîches et humides.

Ce décor automnal, de vie et de mort mêlée, baigne mon âme d’une étrange amertume, une peur, un effroi et pourtant une indéfinissable attirance qui, si l’on n’y prend pas garde, vous conduit dans une subtile transe. 

La poésie s’empare de mon être, nourrit mes mots et me voilà dans un conte enchanteur au cœur d’une scène Brocéliande. La forêt chante sylvestre mes chansons rupestres et me comble d’allégresse. Je marche léger, de pas feutrés en résonnance voilée. Les bruits se perdent et se confondent parmi les arbres en orgue vagabond. Je perds le nord soulé par les essences multiples et la profondeur des lieux qui lèche l’orée lointaine. Les troncs me bousculent comme une foule dense immobile et silencieuse. Les images se reflètent à l’infini comme un miroir dans un miroir, un cadre sans fin. Un vertige vert entame une valse dans mon esprit, simple esquif sans gouvernail. Je me saoule conscient de cet air pure, alcool nature. Je trébuche et me relève automate. Trolls et farfadets s’animent lucioles. Les esprits maléfiques renaissent de leur Moyen-âge lointain quand l’obscurantisme dominait les hôtes de ces bois. 

Longtemps bercé par ces croyances d’antan, je me réveille lucide au printemps présent. J’observe la beauté forestière qui humblement présente son bouquet de fleurs, ses fagots de feuillus et ses bottes d’épineux drus. Les champignons coquins piaffent sous leur large chapeau, en festival de mode, ronds dodus ou corolles aux larges bords ventrus. Hallucinogènes parfois, létal quelquefois, ils ont aussi la saveur gourmande d’un péché sans pareil, ma fois. 

La forêt est un voyage dans le temps et l’immensité de nos pensées. Troublante, envoutante, elle attire nos âmes les faisant sourire et trembler, jouant de nos peurs et de nos amours champêtres, candeurs. Respiration du temps, elle exhale l’oxygène qui éveille magique nos esprits endormis.



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